Les durées de vie
La Genèse indique combien de temps vécurent vingt-huit hommes, et ces chiffres ne sont pas dispersés au hasard. Avant le déluge, ils se maintiennent à environ neuf cents ans. Après lui, ils décroissent — non pas de façon irrégulière, mais le long d’une seule courbe régulière qui s’aplatit juste au-dessus de cent ans. Là où cette courbe se stabilise, telle est la question que cet instrument est conçu pour vous poser.
Ce que montrent les deux vues
Les âges porte l’âge au décès de chaque homme en regard de sa place dans la lignée. La ligne en tirets, à gauche, est la moyenne des neuf âges antédiluviens ; la courbe de droite est ajustée sur les dix-huit âges postérieurs au déluge.
Redressé soustrait d’abord le plancher de chaque âge, puis prend le logarithme de ce qui reste. Si la décroissance est réellement exponentielle, la courbe devient ainsi une droite — et c’est le cas ici. Cette droite est toute l’affirmation, en une seule image. Rien d’autre sur cette page n’est une preuve ; ceci en est une.
Hénoc est tracé en rouge et laissé hors de l’ajustement. Genèse 5 clôt chaque autre nom par puis il mourut ; de lui, il est dit au contraire qu’il marcha avec Dieu, puis il ne fut plus, parce que Dieu le prit. Ses 365 ans disent combien de temps il fut ici, non l’âge qu’atteignit un homme ; il n’a donc pas sa place dans cette série.
Les chiffres
Avant le déluge : neuf âges, moyenne 912, dispersion ±57 — aucune tendance. Méthuséla à 969 et Lémec à 777 sont les extrêmes, et rien entre les deux ne s’oriente dans une direction.
Après le déluge : dix-huit âges sur une seule décroissance exponentielle, R² = 0,927 avec le plancher fixé à 120. L’excédent au-dessus de ce plancher se réduit de moitié toutes les 2,8 générations : Sem le dépasse de 480, Péleg de 119, Abraham de 55, Moïse plus du tout.
Laissez le calcul chercher son propre plancher au lieu de lui imposer 120, et il aboutit à 107,1 ans. La marge autour de cette valeur va de 61 à 153, et 120 s’y trouve. L’argument ne peut honnêtement pas aller plus loin : les chiffres ne prouvent pas la limite de Genèse 6.3, mais d’eux-mêmes ils désignent un plancher, et 120 se situe aisément dans la zone où ce plancher pourrait se trouver.
Ce que cela ne tranche pas
Trois choses, et aucune n’est mince.
Genèse 6.3 ne parle peut-être pas du tout d’une durée de vie. Ses jours seront de cent vingt ans se lit de deux manières. Beaucoup de commentateurs, probablement la plupart des modernes, y voient un compte à rebours : Dieu accorde à l’humanité cent vingt ans de répit avant le déluge. D’autres y lisent un nouveau plafond de la vie humaine. Seule la seconde lecture rend le plancher de cette courbe théologiquement intéressant. Le graphique ne peut pas trancher entre elles ; il peut seulement vous montrer qu’un plancher proche de 120 est ce vers quoi tend l’arithmétique.
Et le Psaume 90.10 dit soixante-dix ans, ou quatre-vingts pour les plus robustes — écrit, d’après son propre titre, par Moïse, qui atteignit lui-même 120 ans. Quelle que soit la limite, la vie ordinaire s’était déjà établie bien en dessous.
Une courbe munie de trois boutons de réglage s’ajuste à presque n’importe quelle suite qui décroît régulièrement. Dix-huit points, c’est peu pour y suspendre trois réglages. Un R² de 0,93 dit donc bien que la forme est juste, mais il ne dit pas que cette forme est exponentielle plutôt que l’une de plusieurs autres qui s’ajusteraient à peu près aussi bien. Ce qui fait de cette lecture davantage qu’une courbe tracée à travers quelques points, c’est que le plancher n’est pas flottant : le texte nomme lui-même un nombre, et le calcul aboutit à proximité.
Ce qu’en disent les spécialistes
L’exégèse vétérotestamentaire dominante ne lit pas ces chiffres comme des mesures de vies réelles. Elle y voit un schéma : des nombres qui disent quelque chose de la place d’un homme dans le récit, et non de l’âge qu’il atteignit.
La raison la plus forte vient de l’extérieur. La liste royale sumérienne, plus ancienne que la Genèse, attribue à ses rois d’avant le déluge des règnes de dizaines de milliers d’années ; après son propre déluge, les nombres tombent d’un coup à quelque chose d’humain. La forme que dessine cet instrument — immense, puis chutant brusquement après un déluge, puis se stabilisant — est une forme que le Proche-Orient ancien savait déjà écrire. Cela ne fait pas de la Genèse un texte dérivé, et cela ne rend pas ses chiffres faux ; mais cela signifie que la forme n’est pas, à elle seule, une preuve biologique.
La seconde raison est textuelle. Ces chiffres mêmes diffèrent entre les trois témoins. Le texte massorétique, le Pentateuque samaritain et la Septante sont en désaccord sur les âges de Genèse 5 et 11 — le plus souvent sur l’âge à la naissance du fils, mais aussi sur certains âges au décès. Lémec meurt à 777 ans dans l’hébreu, à 753 dans le grec et à 653 dans le samaritain. La courbe ci-dessus est ajustée sur les chiffres massorétiques. Un lecteur de la Septante ajusterait une courbe légèrement différente.
Ces deux objections méritent d’être gardées à l’esprit en même temps que le schéma. Le schéma est réel : ces dix-huit nombres tombent bien sur une seule courbe, et c’est un fait concernant le texte, quoi que l’on conclue sur son origine. De quoi il est la preuve, voilà la question qui reste ouverte.
Les chiffres utilisés
Âges au décès d’après Genèse 5 (d’Adam à Noé), Genèse 11 et 25, 35, 47 et 50 (de Sem à Joseph), Exode 6 (Lévi, Kehath, Amram), Deutéronome 34 (Moïse) et Josué 24 (Josué). Chaque point du graphique porte son propre verset — cliquez dessus.
Les quatre noms après Jacob ne figurent pas dans une liste du type de celle que donne Genèse 11, mais ils prolongent la même lignée et le texte indique leur âge ; c’est pourquoi ils sont ici. Ce sont eux qui mènent la courbe jusqu’à son plancher, et Moïse arrive exactement à 120.
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